la plate-forme SOPHIA
Par Anne SEIGLAN, mardi 15 mars 2011 à 18:07 :: Le mot de la Présidente :: permalien #163
Récemment, la CPAM de l’Hérault a annoncé à tous les professionnels de santé la création d’une plate-forme Sophia à Montpellier pour organiser le suivi des personnes atteintes de maladies chroniques. Sophia commence ainsi par se centrer sur le diabète, puis s’étendra peu à peu à d’autres pathologies définies en ALD, comme les maladies cardio-vasculaires. Il s’agit d’une plate-forme téléphonique, avec des infirmiers conseillers en santé qui contacteront les patients en fonction de leurs besoins. Ils les conseilleront pour adapter leurs habitudes face au diabète, en ce qui concerne l’alimentation, par exemple, ou leurs activité physiques, ou pour savoir s’ils ont fait correctement leurs examens de suivi. Le but est bien sûr de diminuer la fréquence des complications, et donc de réduire les coûts pour l’Assurance Maladie.
Pourquoi cette nouvelle formule ?
- D’une part les affections de longue durée sont en constante augmentation, leur nombre a doublé depuis 1998.
- D’autre part, la France est à la traine en matière de prévention : celle-ci ne représente que 3% des dépenses de santé (97% sont consacrés essentiellement aux soins proprement dits).
- Deux premières plate-formes Sophia se sont montées en 2008, l’une à Nice, l’autre à Albi, et semblent avoir un certain succès, puisque le programme expérimental continue de s’étendre.
- Il est prévu qu'à lui seul le département de l’Hérault devrait drainer environ 25000 adhérents au programme, ce qui représente la moitié des adhérents des 11 départements pilotes où l’expérience se fait déjà ! (52000 adhérents à ce jour).
Ce qui est surprenant, c’est qu’on n’a pas encore chiffré les effets de ces plate-formes en termes d’efficience, de gain pour le patient, ou d’économies engendrées par la formule. En effet, aucune évaluation économique ou scientifique n’a encore été faite, ni par l’IGAS, ni par la CNAM elle-même sur les deux premières plate-formes créées depuis 3 ans. Est-ce que les adhérents restent dans le programme ou l’abandonnent-ils au bout d’un moment ? Le Français qui a toujours peur d’être « fliqué » supporte-t-il d’être contacté, ou bien les conseillers doivent-ils attendre d’être appelés par les patients?
Ce genre de « soins par téléphone »existe depuis quelques années dans les pays anglo-saxons, où ces conseillers sont appelés « case managers ». Il fallait donc monter une expérience similaire en l’adaptant au malade français, qui, on le sait, veut être soigné mais sans faire d’efforts ni manger moins. Or nous sommes dans le pays où le premier sujet de conversation tourne autour de la gastronomie !
Un numéro de téléphone unique (0 811 709 709, pour ceux que ça intéresse), des infirmières assises à un standard, faisant de l’éducation thérapeutique à distance, sans voir le patient dans son contexte : déjà qu’à domicile, quand nous allons chez nos diabétiques, nous les surprenons à mentir comme des arracheurs de dents quand on les questionne sur leur dernier repas... Je n’ose imaginer les fariboles qu’ils seront capables de raconter à leurs conseillers Sophia !
Evidemment, en transposant la formule dans le système de soins français, la CNAM a consulté les médecins et les experts, mais on a encore oublié que les infirmières libérales existaient et faisaient déjà la prose comme Monsieur Jourdain depuis toujours. Désormais, il va donc nous falloir travailler en doublon avec Sophia, alors qu’il aurait été tellement plus simple de nous confier une mission supplémentaire en éducation thérapeutique avec une lettre-clé de plus dans notre Nomenclature !
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